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  • Soin

    Réinventer le soin de la personne et l’attention à ses proches

    Lire la suite Source : www.mnd.espace-ethique.org Intervention tirée de l’Université d’été Éthique, Alzheimer et maladies neurodégénératives 2017, organisée à Lyon les 11 et 12 septembre, par l’Espace éthique/Maladies neurodégénératives et l’Espace éthique/Île-de-France ...

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    dimanche, 19 novembre 2017
  • handicap

    Vieillissement et handicap

    La vieillesse est très souvent représentée comme un handicap. Après avoir exploré cette représentation, les auteurs s’arrêteront sur les situations où apparaît une source de dépendance spécifique : la démence. Dans un premier temps sera alors développée la reconnaissance de ce handicap par la famille, puis par les institutions sanitaires et sociales. Dans un second temps seront repris les principa ...

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    lundi, 23 octobre 2017
  • b2ap3_thumbnail_soin.jpg

    Éléments pour une pratique du soin relationnel en accueil de jour gériatrique

    En positionnant le patient comme un sujet acteur et en mobilisant son potentiel, les professionnels en gériatrie soutiennent le processus d’individuation du patient. Ainsi le soin au quotidien peut-il aider celui-ci à prendre conscience de soi et à se projeter dans un devenir. Le soin est ici à considérer, par le biais du geste infirmier, comme une présence attentive et lucide qui confère au lieu ...

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    lundi, 25 septembre 2017
  • conjugalité

    Conjugalité et maladie d’Alzheimer

    Qu'est-ce qui se joue de particulier lorsqu’une maladie neurodégénérative type Alzheimer est diagnostiquée à la personne qui nous est le plus proche : notre conjoint ou partenaire de vie ? Certaines des observations et des remarques développées dans cet article se retrouvent également lorsque la personne qui est diagnostiquée est un parent ou un ami de longue date, mais il y a des enjeux spécifiqu ...

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    mercredi, 06 septembre 2017
  • Groupe de formation

    Le syndrome de l'aidant épuisé

    Les aidants de personnes atteintes de maladies telles que la maladie d’Alzheimer s’épuisent. La pratique de groupe de formation de soutien a permis de mettre en lumière plusieurs points communs avec ce que D. W. Winnicott a nommé la préoccupation maternelle primaire. Les échanges avec des aidants montre un état de sidération que le groupe de formation peut contenir et accompagner. Pourtant d’autre ...

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    vendredi, 25 août 2017
  • Psychanalyse du sujet vieillissant

    Auprès de jeunes adultes, voire d’enfants, souffrant de conflits névrotiques, les psychanalystes sont habitués à rechercher l’origine des troubles névrotiques dans la réactivation d’un conflit précédent. La découverte et la compréhension du passé leur permettent d’éclairer la conflictualité d’aujourd’hui à partir de l’analyse du transfert ; ils proposent une compréhension selon une perspective gé ...

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    samedi, 20 août 2016
  • Repos

    Les structures d’hébergement à long terme pour personnes présentant une démence : un monde de silence, mais aussi un monde d’inactivité !

    Il a été montré que l’engagement dans des activités quotidiennes a un effet bénéfique sur la qualité de vie des personnes présentant une démence et vivant dans une structure d’hébergement à long terme. De même, la réalisation d’activités quotidiennes même légères, et donc une réduction de la sédentarité, peut avoir un effet positif sur l’état physique de ces personnes. Et pourtant, les structures ...

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    dimanche, 14 août 2016
  • © http://www.generationscroisees.org

    La réminiscence, ou l’art du souvenir

    La réminiscence, ou l’art de se souvenir, fait partie des prises en charge non médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative évolutive touchant principalement la mémoire et abîmant, au fur et à mesure, la création de souvenirs récents jusqu’à la conservation des souvenirs anciens. Dans cette perspective, les ateliers ...

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    lundi, 20 juin 2016
  • alzheimer-Lee-Newman

    Ce que nous enseignent les malades d’Alzheimer sur notre vie psychique

    La fréquentation des malades d’Alzheimer, avec l’observation de leurs défaillances, conduit à une réflexion générale sur des questions telles que :- Quel est le rapport entre la pensée et le cerveau?- Quelle représentation concevoir de l’existence, mais aussi de l’articulation de différents registres psychiques, qu’il y a lieu de caractériser pour comprendre les phénomènes cliniques observés?- Que ...

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    mardi, 26 avril 2016
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    Conséquences de l’âgisme sur les attitudes de soin

    L’âgisme (c’est-à-dire l’ensemble de nos stéréotypes négatifs concernant les personnes âgées) a de nombreuses conséquences négatives tant pour le patient âgé lui-même qu’au sein de la relation entre le patient et le personnel soignant. Nous aborderons dans le cadre de cet article quelques éléments de littérature illustrant les conséquences de l’âgisme sur les attitudes de soins.Lire la suite http: ...

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    vendredi, 18 mars 2016
  • eros-thanatos

    Actualité de la théorie narcissique de la vieillesse

    Lorsqu’au siècle dernier Claude Balier a publié l’article historique intitulé : « Pour une théorie narcissique de la vieillesse », cette dernière restait encore largement une question personnelle, pour ne pas dire privée. Aujourd’hui où le vieillissement intéresse toutes les structures de nos sociétés occidentales, le narcissisme continue d’en occuper sans conteste le premier plan. ...

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    jeudi, 28 janvier 2016
  • care

    Le sens du soin en gériatrie

    Tout le monde a le droit de bénéficier des meilleurs soins d’accompagnement possibles jusqu’au bout. C’est pourquoi il est temps de revaloriser (autant l’image dans le grand public que sur un plan financier) tous les métiers qui garantissent ce care en gériatrie et qui l’assurent tous les jours dans des conditions souvent extrêmement difficiles. Ce sont tous ces soignants qui assurent l’humanité d ...

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    lundi, 11 janvier 2016
  • Atelier Carte Blanche ®

    Une approche thérapeutique relationnelle : Le dispositif groupal Atelier Carte Blanche

    Le  dispositif  Atelier  Carte  Blanche® s'inscrit  dans  une  approche  thérapeutique  non médicamenteuse.  Il  propose  une  médiation  groupale  à  partir  de  cartes  à  jouer  (10  cartes thématiques  et  7  cartes  émotions  dont  une  carte  b ...

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    lundi, 28 décembre 2015
  • Une proposition innovante d’hébergement pour personnes âgées présentant une « démence » : Vivre à la ferme ?

    Il existe un large consensus sur le fait que l’organisation et le fonctionnement actuels de la majorité des structures d’hébergement à long terme pour personnes âgées, en particulier celles qui accueillent des personnes présentant une « démence », ne favorisent pas leur bien-être (physique, psychologique, et social) et leur qualité de vie. Il y a donc un grand besoin de structures d’hébergement in ...

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    mardi, 08 décembre 2015
  • ehpad

    L’entrée en EHPAD : Focus sur l’instant T …

    Entrer en Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD)... Quitter   son   voisinage,   ses habitudes,  sa  maison,  son  fauteuil  à  côté  de la fenêtre donnant sur le verger, sur ce beau cerisier   qui   a   abrité   tant   de   repas   en ...

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    mercredi, 25 novembre 2015
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Spécificités du fonctionnement psychique dans la démence et implications sur les possibilités d'un travail thérapeutique dans le groupe

par le dans Ateliers thérapeutiques
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dessin-identite2Depuis 10 ans, les prises en charge groupales bénéficient d’un essor important aussi bien dans les accueils de jour que dans les maisons de retraite. Mais quel sens ont ces groupes ? En quoi sont-ils thérapeutiques ? Peuvent-ils avoir un impact négatif sur les patients ? Et finalement, comment penser ces groupes ? Ces questions sur le sens de nos interventions me paraissent d’autant plus importantes que la maladie d’Alzheimer est elle même une maladie du sens en raison de la déconstruction progressive de l’appareil psychique.

Pour penser ces prises en charges que j’effectue depuis 5 ans, j’ai donc eu la nécessité de me demander quelles étaient les spécificités du fonctionnement psychique dans la démence d’un point de vue psychanalytique et ce que ces éléments avaient comme implications sur les possibilités d’un travail thérapeutique dans le groupe. Nous nous questionnerons alors sur les avantages d’un travail dans le groupe par rapport à un travail duel. Le groupe sera alors abordé dans sa dimension de suppléance aussi bien au niveau des contenus psychiques que d’une fonction de contenance.

Penser la démence de type Alzheimer

1) Carence et excès : une nécessité de les penser articulés l’un à l’autre

L’appareil psychique du sujet dément n’arrive plus à traiter comme avant les excitations en provenance du monde interne ou en provenance de l’extérieur. Cette dimension de déficit dont on a souvent l’image quand on pense à la maladie d’Alzheimer doit se penser en articulation avec l’excès et le débordement qui en est la conséquence. Pour mieux saisir ce qui se passe dans cet appareil psychique nous allons l’aborder du point de vue topique, dynamique et économique.

dessin-identiteEn parlant du débordement nous devons spécifier ce que nous évoquons. En effet, on peut l’aborder comme un débordement interne. Celui-ci peut être vu du côté de l’angoisse signal mais également du côté de l’angoisse dite automatique. Dans le premier cas on est face à un fonctionnement qu’on peut décrire comme mentalisé alors que dans l’autre c’est le vide psychique qui semble s’imposer. Marion Péruchon insiste sur ce point et explique que dans Inhibition, symptôme et angoisse « le trauma est désormais lié à la perte d’objet, à la séparation ou à l’absence, axes majeurs de la problématique démentielle. En outre, dans cet ouvrage, Freud distingue deux types d’angoisse : l’angoisse automatique provenant du ça, sans signification psychique, réaction immédiate à la situation de détresse dans laquelle le moi sans recours est submergé, et l’angoisse signal d’alarme, engendré par le moi et connotant un certain degré d’organisation psychique »1M. Péruchon, Le déclin de la vie psychique, p. 20. Autrement dit, on voit se distinguer deux types d’angoisses qui n’ont pas la même explication et qui ne donnent pas lieu au même traitement psychique. Au début de la maladie, la sensation de perte de capacité éveille fréquemment une angoisse de castration. Par la suite, la déconstruction de l’appareil psychique, le vidage du monde interne sollicitera plutôt des angoisses de perte d’objet et d’abandon.

Le débordement peut être aussi l’effet de l’extérieur ce qui nous ferait plutôt parler d’un empiètement. Face à ce terme, il est clair qu’on pense à Winnicott. L’idée d’empiètement renvoie à une psyché qui rencontre l’environnement de façon trop massive pour qu’elle puisse être traitable. Dans cette situation d’empiètement de l’extérieur sur le psychisme du sujet dément, ce qui fait défaut c’est la fonction de pare-excitation de l’appareil psychique.

On peut alors se dire qu’il y a interaction possible entre un débordement interne face à son propre vécu de vide et un empiètement de l’extérieur qui ne peut être traitable faute de moyens psychiques.
  

2) Repères métapsychologiques de l’appareil psychique dans la démence

Ce couple excès-défaut peut empêcher de penser. Pour ne pas être uniquement happé par la dimension économique, nous allons maintenant poser des repères au niveau topique et dynamique.

Marion Péruchon insiste sur certaines modifications comme « une diminution fonctionnelle du préconscient, contenant intermédiaire entre conscient et inconscient [et] un rétrécissement de la conscience, enveloppe qui perçoit les excitations en provenance du dehors et du dedans »2Ibid, p.93. En écho, René Kaës met en lien le préconscient freudien avec les concepts proposés par Bion (fonction alpha, travail de transformation) et par Winnicott (capacité de rêverie, espace transitionnel, fonction-miroir de la mère).3. R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, p. 308 Autrement dit, on voit se dessiner la nécessaire suppléance que l’autre apporte au patient (via la fonction alpha et la capacité de rêverie) qui permet de soutenir une fonction psychique fragilisée chez le patient.

Par ailleurs, quels sont les destins des représentations de mots, de choses et des affects dans la déconstruction de l’appareil psychique ? On sait que cette déconstruction se fait de manière progressive. Il est alors important de voir « ce qui tient le plus », ce sur quoi il est possible de s’appuyer dans un travail ayant des visées thérapeutiques.

« La perte des représentations de mot toucherait en premier les abstractions. […] La raison en serait simple : les mots concrets se trouvent doublés par des représentations imagées qui les renforceraient, soit en termes psychanalytiques par les représentations de chose conscientes qui persistent plus longtemps aux cotés de l’affect »4M. Péruchon, Le déclin de la vie psychique, p. 103.. Sur ce point d’apparence très métapsychologique il me semble pertinent d’évoquer la pratique dans ce qu’elle a de très concret. Tout psychologue travaillant avec des patients déments a pu constater qu’ils sont plus réceptifs à un support avec des images qu’à un support avec des mots. Cela est de plus en plus vrai avec l’avancée de la maladie.

Parallèlement, on note que « lorsque les associations verbales ont totalement démissionné, lorsque les représentations de mot se réduisent à un stock extrêmement réduit et répétitif, l’affect désinséré peut encore conserver sa valeur signifiante. »5M. Péruchon, Le déclin de la vie psychique, p. 50. Ce sont des observations que nous faisons régulièrement. Quand on parle avec les patients, les grands événements de leurs vies restent présents dans leur esprit. Ils restent parfois leur dernière préoccupation qu’ils ressassent.

miro-soleil-rougeMais, avec le temps, l’affect se déconstruit lui aussi et s’approche de l’éprouvé corporel, de la sensation. Cela m’évoque un souvenir. Lors d’un groupe où nous avions choisi de parler de l’été, l’un des participants dont la maladie réduit très fortement le fonctionnement cognitif s’anima tout à coup. Il expliqua en étant très animé que « le soleil ça provoque plein de choses… des sensations agréables, de la chaleur ». Je trouve intéressant de constater dans un premier temps l’usage du mot valise « plein de choses » qui arrive ensuite à accrocher une représentation liée à la sensorialité et au plaisir. Sans la mobilisation de l’affect et de l’éprouvé corporel de la chaleur du soleil, je ne pense pas que ce patient serait intervenu dans la conversation et qu’il aurait réussi à mobiliser des mots précis.

Face à la déconstruction de l’appareil psychique, les quantités d’excitations et les contenus psychiques ne peuvent plus être traités comme avant. Il semble donc nécessaire de continuer à nous pencher sur certaines théorisations pour avoir d’autres outils pour penser ces spécificités. C’est le cas de celles de Didier Anzieu qui explique que « le Moi entrave l’écoulement libre de l’énergie psychique ; cela correspond à l’enveloppe psychique qui contient les objets internes, fonction de « contenance » où il faut voir à la fois la capacité de l’enveloppe psychique d’éviter l’éparpillement des objets internes dans un espace sans frontières et sa capacité à lier entre eux les objets internes en un ensemble cohérent »6D. Houzel, L’enveloppe psychique : concepts et propriétés, p. 70.. Cette citation nous intéresse pour plusieurs raisons. Tout d’abord elle met l’accent sur le contenant sans pour autant oublier les contenus psychiques. Ensuite elle indique l’importance des processus de liaison que nous avons évoqués précédemment.

A partir de ces remarques concernant les fragilités de la topique des patients déments, on peut penser une partie de la fonction du clinicien en terme de moi-auxiliaire. Parler de moi-auxiliaire ne veut pas dire qu’on se substitue au patient. Il s’agit de représenter un environnement facilitant. Ce qui me semble important c’est de pouvoir fournir « un cadre (setting) dans lequel la constitution de l’enfant pourra commencer à se manifester, ses tendances au développement à se déployer »7D.W. Winnicott, La préoccupation maternelle primaire, p. 289. Ici, l’auteur aborde la relation mère-bébé mais l’idée qu’il présente peut servir pour penser beaucoup de situations. Ainsi, le cadre par sa valeur contenante et sécurisante, entre autre, permet au sujet de maintenir et/ou de développer ses propres capacités.

 

Le dispositif du groupe

Les patients avec lesquels nous travaillons sont touchés dans leur appareil psychique, dans leurs contenus et dans leurs contenants psychiques. A partir de ce point de départ, nous pouvons envisager le groupe comme étant un lieu qui permettrait de prendre en compte ces éléments en y apportant une suppléance. En effet, dans le cadre du groupe, la diminution des représentations propre à chaque patient pourrait être contre-balancée par les représentations d’autres participants. De la même façon, les contenants psychiques individuels fragilisés pourraient être soutenus par des contenants groupaux. C’est en tout cas sur ces présupposés que nous abordons le second temps de notre réflexion.

1) Le rapport cadre/processus

Il s’agit de mettre en place un cadre étayant qui facilitera la (re)construction du sens et le partage de contenus tout en laissant une dimension dynamique du côté du processus. De nombreux auteurs insistent sur ce jeu entre cadre et processus.

Par rapport aux conditions de mise en place d’un groupe et à ses possibles effets thérapeutiques Anzieu explique qu’un « travail psychanalytique formateur et fécond, et non pas sauvage et destructeur, est possible dans les groupes à condition d’instaurer un dispositif qui permette à chaque participant : premièrement, de se tenir assuré d’être (d’ou la fonction propre à l’équipe des psychanalystes, de conteneur des sensations, des affects, des fantasmes qui menacent l’unité et la continuité de chaque membre et du groupe) ; deuxièmement, d’éprouver les vrais sentiments qui sont siens et de les articuler avec des représentations, des mots, des pensées (d’où la fonction d’auxiliaire de symbolisation remplie par le psychanalyste groupal) » 8D. Anzieu, Une peau pour les pensées, p. 80. Bien entendu, nous ne sommes pas dans un tel travail groupal assuré par des psychanalystes mais ce qu’Anzieu développe peut nous servir pour penser quelque chose de notre cadre de travail de psychologue. Dans ces groupes, les thèmes abordés doivent être choisis en fonction des risques d’émergence d’angoisse et en fonction de leur figurabilité. D’une manière générale, on pose des repères identitaires au début du groupe avec un temps de présentation qui est central, on fait du lien entre les idées apportées par les participants, etc. Si nous ne prêtons pas attention à de tels éléments, le risque est de solliciter les participants là où ils se trouvent en difficulté ce qui aura un effet pathogène et augmentera des phénomènes liés à la maladie pendant la durée du groupe.

Je pense que l’un des aspects du rapport cadre/processus concerne la sécurité dans le groupe. Pour que le groupe tienne il faut une certaine sécurité mais pour autant sécurité ne doit pas rimer avec aseptisé. Ainsi, il me paraît important de permettre que des affects agressifs et dépressifs puissent trouver leur place, s’inscrire et se jouer. Comme nous l’avons vu, la force de l’affect permet de mobiliser d’autres contenus psychiques, de relancer des associations d’idées, de réactiver des représentations. Mais il faut également fixer des limites qui constituent une part du cadre. L’énonciation de ces limites ou interdits ont une valeur « de protection et de limitation contre les aspects angoissants et dangereux de ses propres désirs et de ses accomplissements pulsionnels ; de protection et de limitation des réalisations dangereuses des autres »9R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, p. 292.

2) La « matérialité » du groupe

Groupe-Benoit-ColsenetJ’ai constaté plus d’une fois dans un groupe la perturbation causée quand il y a trop de mouvements, quand la morphologie du groupe change trop brusquement et qu’elle n’a pas de sens. Ces modifications dans l’espace réel ont une incidence sur la façon dont on perçoit le groupe dans son corps imaginaire, celui-ci ne tenant plus vraiment, un peu comme s’il pouvait commencer à se démembrer. Dans ces moments, lorsque le corps-contenant ne tient plus, le travail psychique qui pouvait être effectué n’est plus possible ou bien il se fait principalement au niveau de chaque appareil psychique individuel selon les capacités de chacun. Dans ce cas, on perd le bénéfice du groupe, on a seulement un ensemble de psychés individuelles les unes à côté des autres.

Dans le cadre, le sujet peut déposer une partie de son fonctionnement psychique. « Une partie de la prise en charge doit avoir pour objectif de permettre au sujet de récupérer, transformés, tout ou partie des contenus (ou plutôt des incontenables) psychiques qu’il y a déposés »10J.-M. Talpin, Les structures psychiques à l’épreuve du vieillissement, p. 20. Le groupe n’est donc pas uniquement le contenant d’une excitation impossible à endiguer individuellement mais il permet aussi un travail de modification de contenus et de mise en sens. On peut souvent constater que donner du sens à une production permet par ailleurs de contenir autrement l’excitation. Ainsi, lors d’un groupe, une participante prend la parole et formule avec difficulté une phrase dont la structure est approximative et le sens en partie énigmatique. Le fait de reformuler ce qu’elle a dit lui permet de s’apaiser, de sourire et de percevoir qu’elle a une place dans le groupe.

3) Un travail psychique en commun : circulation des fantasmes et résonance - De la résonance à la relance du monde interne

Quand le cadre est suffisamment sécure, que le corps fantasmé du groupe n’est pas menacé dans son intégrité, alors des contenus peuvent être abordés, ils peuvent résonner pour les membres du groupe et faire l’objet de reprises.

Lors d’un groupe, à partir d’un article de journal sur les voyages, l’un des participants explique qu’il aimerait faire le tour du monde en bateau. Ce patient a une façon de déclamer ses mots de façon très vivante, en parlant avec les mains. En un mot, il fait vivre ses histoires à ses interlocuteurs. Alors qu’il donne des détails sur la façon dont il imagine son périple, une patiente d’habitude en retrait commence à s’animer. Malgré sa difficulté à trouver ses mots elle explique que ses enfants vivent en Bretagne et qu’ils ont un bateau. Elle précise, très heureuse, qu’ils en font tous les week-ends et qu’elle est déjà montée à bord avec eux. Plusieurs éléments sont marquants. D’une part, on voit bien comment les représentations apportées par tel ou tel membre du groupe vont pouvoir être reprises par un autre. La pensée des uns vient animer, mobiliser la pensée des autres. Dans le cas de la dame évoquée, on constate qu’elle prend la parole grâce au mot « bateau ». On voit qu’il est très fortement investi ce qui vient réveiller un souvenir mais aussi faciliter son expression.

La situation que nous venons d’évoquer témoigne du travail psychique fait à plusieurs. En effet, « les apports du sujet ne sont pas inertes dans le groupe : ils subissent une trajectoire et une transformation en s’associant aux apports des autres membres du groupe. Ils sont soumis à un travail dans les appareils psychiques corrélés par le groupe. Pour une part ces apports se perdent pour les sujets, d’autres leurs reviennent transformés, déformés, méconnaissables, étrangers ; ils sont ré-introjectés, ou ré-incorporés, ou enclavés ou de nouveau rejetés dans le groupe »11R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, p. 204-205. Je perçois ces mouvements dans le groupe comme une sorte de travail de co-création en douceur. Ici par exemple, la patiente que nous évoquons est généralement en retrait mais elle a eu la possibilité de choisir le moment opportun, pour elle, pour intervenir. A l’inverse, une sollicitation directe, dans le cadre du groupe ou d’un entretien, la mettrait en difficulté car elle serait démunie pour répondre. Par ailleurs, le groupe donne la possibilité de s’absenter psychiquement à certains moments en ayant une impression de sécurité car le groupe reste là, dans sa contenance et dans ses mouvements.

 

Mouvements de pensée individuelle et groupale

Récemment j’ai utilisé un support où la consigne était de trouver une ou plusieurs causes. Dans le cadre d’un groupe bien constitué, beaucoup de choses peuvent se produire à partir d’un tel support. L’enchaînement des propositions, la façon dont elles se répondent et dont elles se déterminent me semble bien témoigner des mouvements psychiques dans le groupe et pour chaque sujet du groupe.

magritte-porteA la phrase « La porte est entr’ouverte » les réponses s’enchaînent de la façon suivante : « C’est un signe de bienvenue. On dit à quelqu’un que la porte est ouverte pour lui, qu’il vient quand il veut ». « En Israël, pendant les années 60, on ne fermait pas les portes à clef ». « Si la porte est ouverte c’est peut-être des voleurs qui sont rentrés ? ». « Ça peut être quelqu’un de la famille qui vient d’arriver juste avant et qui n’a pas encore fermé la porte ». Je trouve que cette séquence est vraiment riche. D’abord on voit que les phrases apportées par différents patients se répondent. La porte ouverte signe de bienvenue fait penser à la façon de vivre en Israël il y a 40 ans. Pour le patient qui donne cette réponse, ce souvenir est possiblement teinté de nostalgie compte tenu des nombreux déménagements qu’il a dû faire et d’un regard désillusionné sur la vie en général. Ensuite, pour la patiente qui évoque les voleurs on peut y voir un fantasme d’intrusion, une conséquence d’un manque de prudence en ne fermant pas la porte à clef. Mais finalement, l’intrus qui était dans la maison se transforme en une personne familière grâce à la dernière intervention. L’angoisse du voleur, d’une personne qui met en danger est éloignée par cette nouvelle représentation.

Dans ces situations, les paroles, regards, sourires, hochements de tête, s’intègrent dans un mouvement de pensée, dans un cheminement où chaque sujet du groupe a une influence. Elles témoignent d’un intérêt pour ses propres idées, pour ses contenus psychiques, mais également pour ceux que les autres apportent et pour le monde extérieur d’une manière générale.

 

Conclusions

L’usage des théories psychanalytique nous permet de repérer les points de fragilité dans la démence mais également les points d’accroches, les éléments qui nous permettent de miser sur un travail thérapeutique audacieux tout en étant réaliste. Ainsi, il m’a semblé important de montrer, à partir d’une réflexion sur les représentants de la pulsion, l’atout que peu constituer l’affect. Nous avons également montré la sensibilité des patients à la qualité de leur environnement. Ces éléments représentent un point positif par rapport à un travail en groupe. La sensibilité à l’interaction aide à limiter la déliaison et le désinvestissement. Cette impression s’est vue confirmée de façon constante lors des groupes que j’anime. C’est ce que nous avons pu notamment constater en abordant le travail psychique commun qui a lieu dans le groupe via la circulation des fantasmes et les phénomènes de résonance.

Ces effets thérapeutiques relatifs aux contenus psychiques sont par ailleurs renforcés au niveau des contenants. Face à la topique fragilisée des patients, il m’a semblé éclairant de constater que le cadre du groupe venait fixer de nouvelles limites, de nouveaux lieux qui permettent aux excitations d’être contenues et traitées par le patient lui-même et/ou par le groupe. Ces différents éléments reposent en outre sur des moments de plaisir et de partage qui favorisent un maintien des investissements (aussi bien narcissiques qu’objectaux). L’usage fréquent de l’humour par les participants de ces groupes me semble à la fois représenter un plaisir à fonctionner dans l’interaction avec les autres, un plaisir à jouer avec ses contenus psychiques restants et dans certains cas, une possibilité de transformation de l’angoisse.


Bibliographie

Anzieu D. (1986) Une peau pour les pensées : entretiens de Didier Anzieu avec Gilbert Tarrab, Paris, Clancier-Guénaud.

Houzel D. (2000) « L’enveloppe psychique : concepts et propriétés » in Les enveloppes psychiques, dir. Anzieu D., Paris, Dunod, p. 43-73.

Kaës R. (1993) Le groupe et le sujet du groupe, Paris, Dunod.

Péruchon M. (1994) Le déclin de la vie psychique, Paris, Dunod.

Talpin J.-M. (2005) « Les structures psychiques à l'épreuve du vieillissement » in Cinq paradigmes cliniques du vieillissement, dir. Talpin J.-M., Paris, Dunod, p. 1-21.

Winnicott D.W. (1956) « La préoccupation maternelle primaire », in De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1989, p. 285-291.

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Psychologue en EHPAD et en accueil de jour. Il s'intéresse notamment au travail groupal et familial dans une perspective psychanalytique et systémique.

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Invité mardi, 20 février 2018

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