Navigation rapide

  • Soin

    Réinventer le soin de la personne et l’attention à ses proches

    Lire la suite Source : www.mnd.espace-ethique.org Intervention tirée de l’Université d’été Éthique, Alzheimer et maladies neurodégénératives 2017, organisée à Lyon les 11 et 12 septembre, par l’Espace éthique/Maladies neurodégénératives et l’Espace éthique/Île-de-France ...

    Rate this blog entry:
    3
    dimanche, 19 novembre 2017
  • handicap

    Vieillissement et handicap

    La vieillesse est très souvent représentée comme un handicap. Après avoir exploré cette représentation, les auteurs s’arrêteront sur les situations où apparaît une source de dépendance spécifique : la démence. Dans un premier temps sera alors développée la reconnaissance de ce handicap par la famille, puis par les institutions sanitaires et sociales. Dans un second temps seront repris les principa ...

    Rate this blog entry:
    2
    lundi, 23 octobre 2017
  • b2ap3_thumbnail_soin.jpg

    Éléments pour une pratique du soin relationnel en accueil de jour gériatrique

    En positionnant le patient comme un sujet acteur et en mobilisant son potentiel, les professionnels en gériatrie soutiennent le processus d’individuation du patient. Ainsi le soin au quotidien peut-il aider celui-ci à prendre conscience de soi et à se projeter dans un devenir. Le soin est ici à considérer, par le biais du geste infirmier, comme une présence attentive et lucide qui confère au lieu ...

    Rate this blog entry:
    2
    lundi, 25 septembre 2017
  • conjugalité

    Conjugalité et maladie d’Alzheimer

    Qu'est-ce qui se joue de particulier lorsqu’une maladie neurodégénérative type Alzheimer est diagnostiquée à la personne qui nous est le plus proche : notre conjoint ou partenaire de vie ? Certaines des observations et des remarques développées dans cet article se retrouvent également lorsque la personne qui est diagnostiquée est un parent ou un ami de longue date, mais il y a des enjeux spécifiqu ...

    Rate this blog entry:
    1
    mercredi, 06 septembre 2017
  • Groupe de formation

    Le syndrome de l'aidant épuisé

    Les aidants de personnes atteintes de maladies telles que la maladie d’Alzheimer s’épuisent. La pratique de groupe de formation de soutien a permis de mettre en lumière plusieurs points communs avec ce que D. W. Winnicott a nommé la préoccupation maternelle primaire. Les échanges avec des aidants montre un état de sidération que le groupe de formation peut contenir et accompagner. Pourtant d’autre ...

    Rate this blog entry:
    3
    vendredi, 25 août 2017
  • Psychanalyse du sujet vieillissant

    Auprès de jeunes adultes, voire d’enfants, souffrant de conflits névrotiques, les psychanalystes sont habitués à rechercher l’origine des troubles névrotiques dans la réactivation d’un conflit précédent. La découverte et la compréhension du passé leur permettent d’éclairer la conflictualité d’aujourd’hui à partir de l’analyse du transfert ; ils proposent une compréhension selon une perspective gé ...

    Rate this blog entry:
    6
    samedi, 20 août 2016
  • Repos

    Les structures d’hébergement à long terme pour personnes présentant une démence : un monde de silence, mais aussi un monde d’inactivité !

    Il a été montré que l’engagement dans des activités quotidiennes a un effet bénéfique sur la qualité de vie des personnes présentant une démence et vivant dans une structure d’hébergement à long terme. De même, la réalisation d’activités quotidiennes même légères, et donc une réduction de la sédentarité, peut avoir un effet positif sur l’état physique de ces personnes. Et pourtant, les structures ...

    Rate this blog entry:
    6
    dimanche, 14 août 2016
  • © http://www.generationscroisees.org

    La réminiscence, ou l’art du souvenir

    La réminiscence, ou l’art de se souvenir, fait partie des prises en charge non médicamenteuses de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative évolutive touchant principalement la mémoire et abîmant, au fur et à mesure, la création de souvenirs récents jusqu’à la conservation des souvenirs anciens. Dans cette perspective, les ateliers ...

    Rate this blog entry:
    4
    lundi, 20 juin 2016
  • alzheimer-Lee-Newman

    Ce que nous enseignent les malades d’Alzheimer sur notre vie psychique

    La fréquentation des malades d’Alzheimer, avec l’observation de leurs défaillances, conduit à une réflexion générale sur des questions telles que :- Quel est le rapport entre la pensée et le cerveau?- Quelle représentation concevoir de l’existence, mais aussi de l’articulation de différents registres psychiques, qu’il y a lieu de caractériser pour comprendre les phénomènes cliniques observés?- Que ...

    Rate this blog entry:
    13
    mardi, 26 avril 2016
  • mots2

    Conséquences de l’âgisme sur les attitudes de soin

    L’âgisme (c’est-à-dire l’ensemble de nos stéréotypes négatifs concernant les personnes âgées) a de nombreuses conséquences négatives tant pour le patient âgé lui-même qu’au sein de la relation entre le patient et le personnel soignant. Nous aborderons dans le cadre de cet article quelques éléments de littérature illustrant les conséquences de l’âgisme sur les attitudes de soins.Lire la suite http: ...

    Rate this blog entry:
    5
    vendredi, 18 mars 2016
  • eros-thanatos

    Actualité de la théorie narcissique de la vieillesse

    Lorsqu’au siècle dernier Claude Balier a publié l’article historique intitulé : « Pour une théorie narcissique de la vieillesse », cette dernière restait encore largement une question personnelle, pour ne pas dire privée. Aujourd’hui où le vieillissement intéresse toutes les structures de nos sociétés occidentales, le narcissisme continue d’en occuper sans conteste le premier plan. ...

    Rate this blog entry:
    5
    jeudi, 28 janvier 2016
  • care

    Le sens du soin en gériatrie

    Tout le monde a le droit de bénéficier des meilleurs soins d’accompagnement possibles jusqu’au bout. C’est pourquoi il est temps de revaloriser (autant l’image dans le grand public que sur un plan financier) tous les métiers qui garantissent ce care en gériatrie et qui l’assurent tous les jours dans des conditions souvent extrêmement difficiles. Ce sont tous ces soignants qui assurent l’humanité d ...

    Rate this blog entry:
    12
    lundi, 11 janvier 2016
  • Atelier Carte Blanche ®

    Une approche thérapeutique relationnelle : Le dispositif groupal Atelier Carte Blanche

    Le  dispositif  Atelier  Carte  Blanche® s'inscrit  dans  une  approche  thérapeutique  non médicamenteuse.  Il  propose  une  médiation  groupale  à  partir  de  cartes  à  jouer  (10  cartes thématiques  et  7  cartes  émotions  dont  une  carte  b ...

    Rate this blog entry:
    18
    lundi, 28 décembre 2015
  • Une proposition innovante d’hébergement pour personnes âgées présentant une « démence » : Vivre à la ferme ?

    Il existe un large consensus sur le fait que l’organisation et le fonctionnement actuels de la majorité des structures d’hébergement à long terme pour personnes âgées, en particulier celles qui accueillent des personnes présentant une « démence », ne favorisent pas leur bien-être (physique, psychologique, et social) et leur qualité de vie. Il y a donc un grand besoin de structures d’hébergement in ...

    Rate this blog entry:
    8
    mardi, 08 décembre 2015
  • ehpad

    L’entrée en EHPAD : Focus sur l’instant T …

    Entrer en Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD)... Quitter   son   voisinage,   ses habitudes,  sa  maison,  son  fauteuil  à  côté  de la fenêtre donnant sur le verger, sur ce beau cerisier   qui   a   abrité   tant   de   repas   en ...

    Rate this blog entry:
    10
    mercredi, 25 novembre 2015
Voir + d'articles

La place du psychologue en EHPAD

par le dans Psychologue en gérontologie
  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 26962
  • Notifications
  • Imprimer

sysiphe-miniLorsque le psychologue arrive dans une institution, il reçoit une fiche de poste avec des missions plus ou moins étendues. A partir de là, c’est à lui d’occuper ce poste en fonction des priorités qui lui paraissent pertinentes. Le rattachement sans intermédiaire à la direction de l’ehpad, qui nous place hors de la hiérarchie médicale, est une condition importante pour assurer notre fonction. Le fait que nous ne soyons pas des paramédicaux mais des professionnels ayant une formation en sciences humaines vient nous donner la possibilité d’assurer nos diverses missions. Si cette autonomie doit être défendue, nous allons montrer qu’elle ne fait pas de nous « des électrons libres » mais des professionnels ayant une place spécifique et travaillant en équipe pluridisciplinaire.

Quand j’ai commencé à travailler en EHPAD, j’avais d’abord mis en place, en priorité, des entretiens. En effet, il me semblait important de proposer un espace de parole individuel. L’arrivée en maison de retraite est marquée, selon les résidents, par la perte du conjoint, d’une partie de leur autonomie et pour tous, par la perte du domicile. Parfois, ces évènements ne chamboulent pas le sujet âgé mais, une perte de trop, en apparence anodine pour l’équipe soignante, peut rompre l’équilibre. La mort d’un animal de compagnie recueilli par les enfants, la location de la maison obligeant à se séparer du mobilier et d’objets accumulés pendant toute une vie sont autant de changements qui viennent relancer tout un travail psychique, parfois mis en suspend.

Certains entretiens peuvent également être proposés pour aider à une mise en mot de vécus et pour faciliter la communication avec l’entourage familial ou soignant. On est ici dans un travail qui peut permettre au résident de se sentir mieux dans son environnement avec ce que cela suppose comme climat suffisamment fiable et sécurisant.

sysipheMais c’est justement ici que les choses se compliquent. Si je reste convaincu de la pertinence d’une prise en charge thérapeutique individuelle, j’ai pu constater qu’elle était loin d’être la seule réponse que nous pouvons apporter. Parfois, elle pourrait même constituer un cautère sur une jambe de bois. Autrement dit, elle n’est pas forcément la réponse la plus pertinente. En effet, une attention sur l’intrapsychique, sur le fonctionnement de tel ou tel résident, avec ce que cela suppose d’alliance thérapeutique, peut être très facilement mis à mal par la réalité institutionnelle. Nous pouvons évoquer un kinésithérapeute qui entre systématiquement dans une chambre sans frapper, des interactions infantilisantes, des engagements non-tenus ou encore des dysfonctionnements provoqués par un turn-over. Pour certains de nos patients, ce qui pourrait être amorcé dans le travail thérapeutique sera rapidement remis en cause par ces éléments de la réalité extérieure. Dès lors, devons-nous chercher à avoir un impact sur ces éléments de réalité ? Et si tel est le cas, pouvons-nous continuer en même temps à assurer une fonction thérapeutique auprès des résidents ? A mon sens, ces deux types d’interventions sont conciliables dans certaines conditions et si l’on reste vigilant par rapport à son cadre et au sens des missions que l’on occupe.
 

Le travail du psychologue au quotidien

Les projets de vie individualisés

Ces dernières années, de nombreux changements ont eu lieu au niveau juridique (loi concernant la rénovation du secteur social et médico-social, arrêtés relatifs aux cahiers des charges des conventions pluri-annuelles). Dans le fonctionnement des ehpads cela se traduit notamment par la mise en place de projet de vie et de projet de soins. Afin d’établir l’accompagnement spécifique dont a besoin le résident, l’équipe le rencontre ainsi que son entourage. C’est un moment qui peut être très positif s’il est pensé et organisé correctement.

C’est d’abord un temps d’échange et de réflexion en équipe avant l’arrivée du résident et de ses proches à la réunion. En tant que psychologues, nous apportons beaucoup d’éléments relatifs aux difficultés et aux ressources que présente le sujet âgé. C’est un exercice qui n’est pas simple. En effet, il faut savoir ce que l’on transmet à l’équipe et ce que l’on ne transmet pas. Il faut se demander quelles sont les informations qui sont importantes et comment les formuler pour limiter leur mauvaise utilisation ou leur mauvaise compréhension par certains membres de l’équipe. Il faut également donner des informations complexes (capacités cognitives préservées, spécificité du fonctionnement psychique du résident) en les rendant compréhensibles via des exemples.

Le-tre-Parche-Baernardo-Strozzi-pCes rencontres sont également un moment important pour le résident. Cela lui permet d’évoquer son quotidien dans la maison de retraite, la façon dont il le vit, les difficultés rencontrées, les liens qu’il a pu développer, ses investissements actuels. C’est un espace où il est écouté et en position de sujet ayant une parole sur lui-même et son environnement y compris pour les personnes souffrant de troubles cognitifs. Il est également en position de sujet ayant la possibilité d’émettre des envies ou des refus. Autrement dit, il est dans un positionnement actif alors qu’il est souvent dans une certaine passivité par rapport à ce qui lui arrive au quotidien. Il faut reconnaitre que, par nature, la réalité institutionnelle et la vie quotidienne en collectivité limitent dans une certaine mesure cette subjectivité même dans les institutions qui ne dysfonctionnent pas outre mesure.

Enfin, la famille profite parfois de ce moment pour communiquer autrement avec son parent notamment parce qu’elle le voit sous un angle différent, via le regard de l’équipe. La famille peut également se trouver apaisée par cette rencontre qui lui permet d’atténuer sa culpabilité par rapport à l’arrivée en institution de son proche. Cela peut avoir des effets très nets sur son ambivalence vis-à-vis de l’institution ce qui diminuera ses critiques ou certaines demandes incessantes à entendre comme le besoin de se sentir étayée par une institution fiable et solide. Des entretiens familiaux avec le psychologue seul n’ont pas toujours des effets aussi notables.

A l’inverse, si le cadre de ces réunions n’est pas pensé, il y a de vrais risques. L’équipe et la famille peuvent parler du résident, devant lui, sans le solliciter ou lui demander son avis. A l’inverse, les questions posées peuvent mettre en difficulté le résident soit parce qu’il se sent jugé/accusé, soit parce qu’il n’a pas les capacités cognitives d’y répondre. Voilà quelques exemples de ratés qui peuvent avoir lieu si on ne prépare pas ces rencontres et que l’on n’est pas un minimum attentif au respect du sujet âgé.

 

Les transmissions d’équipe

Tous les jours, des transmissions sont organisées. Selon les résidences, ces réunions peuvent être limitées aux infirmières et aides-soignantes mais elles peuvent également être ouvertes à d’autres professionnels. Si ce temps est avant tout un moment de transmission d’informations médicales concernant l’état somatique des résidents, il peut avoir d’autres fonctions. En effet, il n’est pas rare que les aides-soignantes évoquent leur impuissance par rapport aux troubles du comportement de résidents ou d’une manière plus large, part rapport à des résidents qui les mettent en difficulté. Face à ces situations qui peuvent leur donner l’impression d’être de « mauvaises soignantes », nous avons plusieurs niveaux d’intervention.

Tout d’abord, nous pouvons apporter des savoirs qui viennent modifier leur compréhension d’une situation. Ainsi, une aide-soignante peut évoquer son agacement par rapport à un résident qualifié de méchant et d’exhibitionniste. Le fait d’expliquer les effets de désinhibition dans le cadre d’une démence fronto-temporale vient faire évoluer ses représentations. Dans un même ordre d’idée, une autre aide-soignante perçoit comme une provocation le fait qu’un résident urine dans son lavabo alors qu’elle l’a déjà réprimandé pour cela. Or, ce résident souffre d’une maladie d’Alzheimer. Il a des troubles gnosiques qui induisent le fait qu’il ne peut plus reconnaitre et différencier ses toilettes de son lavabo. Ce type d’intervention peut être également effectué en dehors du cadre des transmissions mais dans un temps spécifique. Une réunion hebdomadaire avec l’équipe d’une unité Alzheimer peut par exemple approfondir ces situations.

les-trois-ages-de-la-vie-et-la-mort-hans-baldung-pParallèlement à un savoir apporté de l’extérieur, le psychologue peut faire émerger une pensée au sein de l’équipe. Ainsi, dans l’ehpad où j’exerce, les soignants se plaignaient régulièrement d’une résidente jamais satisfaite par l’aide qu’ils lui apportent et qui les dévalorise régulièrement. Il s’agit d’une femme d’un peu moins de 80 ans. Pendant sa vie professionnelle, elle a occupé des postes à responsabilité et a toujours été très indépendante. Par ailleurs, c’était une très belle femme, coquette, aimant s’habiller. Depuis quelques années, suite à des problèmes somatiques importants, elle a perdu l’usage de ses mains. Elle doit donc être assistée dans tous les actes de la vie quotidienne. Cette situation est source d’une grande souffrance narcissique. L’image qu’elle a d’elle-même est très abimée. Après un certain temps, l’équipe a pu saisir, que la dévalorisation de leur travail qu’elle met si souvent en scène et à l’inverse, sa façon de survaloriser sa culture générale ou son niveau de vie passé sont une défense pour elle. D’ailleurs, pendant une période, ils ont pu constater chez elle un effondrement dépressif car cette stratégie défensive n’était plus suffisante compte tenu de changements survenus dans sa situation personnelle. Ces temps de réflexion permettent à l’équipe de ne pas rester uniquement attentive à ce qui est manifeste. A partir de là, les soignants peuvent être eux-mêmes en demande d’un temps de réflexion sur des situations où ils perçoivent que quelque chose se joue dans l’interaction mais où le sens leur échappe. Tout ceci vient modifier leur positionnement vis-à-vis des résidents et diminue les interactions pathogènes.

Malgré ces éléments encourageants il convient de rester nuancé et réaliste. D’une part, le travail évoqué prend du temps ; l’équipe doit s’être habituée à nous avant d’accepter de remettre au travail ses représentations et ses certitudes. D’autre part, c’est un travail qui a ses limites car tous les membres d’une équipe n’ont pas la même finesse et la même capacité d’empathie par rapport aux résidents.

 

Enrichissement du projet d’établissement

En maison de retraite, le projet d’établissement, qui fixe les grandes orientations de l’institution, est composé de deux parties : le projet de vie et le projet de soins. Le projet de soins concerne toutes les actions qui permettent de maintenir l’autonomie physique et psychique des résidents, d’accompagner au mieux les résidents en fin de vie et/ou ayant des douleurs importantes, d’assurer la qualité des soins dans un travail en réseau (avec les partenaires hospitaliers, associatifs et libéraux). Le projet de vie concerne la vie sociale sous ses différents aspects, la liberté que les résidents ont dans leur choix, le respect de leur rythme et de leur intimité, etc.

Sur ces différentes thématiques, nous pouvons apporter une réflexion sur la vie institutionnelle et sur son retentissement sur le psychisme des résidents. En ce sens, l’institution peut reprendre à son compte la fameuse phrase d’Hippocrate « Primum non nocere ». A partir de là, comment limiter les effets pathogènes de la vie en institution et comment en permettre des effets bénéfiques ?

 

Les visites de pré-admission

A l’intersection du projet de vie et du projet de soins, nous devons soutenir toute une réflexion sur les pré-admissions et sur les conditions d’arrivée en institution. En terme de projet de vie et de respect des décisions du sujet âgé nous devons nous assurer que ce dernier accepte son arrivée en institution. Quand il n’y a pas de visite de pré-admission, il arrive que la famille parle à son proche de son arrivée dans une maison de repos/convalescence où il restera une semaine, un mois tout au plus. Ces conditions d’arrivée ont une incidence majeure sur tout le travail que l’équipe pourra faire et sur la façon dont le résident pourra se sentir enfermé voire surveillé. Une rencontre de pré-admission systématique avec le futur résident et ses proches permet d’éviter les non-dits ou même les mensonges sur l’arrivée en institution. Par ailleurs, au niveau des soins, une telle rencontre permet également d’évaluer l’état de santé somatique du potentiel résident, ses capacités cognitives et le niveau de soins techniques dont il a besoin. Lorsqu’une équipe accepte d’accompagner un sujet âgé il est primordial qu’elle ait les moyens techniques et humains d’assurer pleinement ce travail.

Pour ces différentes raisons, les psychologues doivent avoir une vraie place dans la façon dont est pensé le processus d’institutionnalisation et la visite de pré-admission. Cela permet de ne pas oublier que l’on accueille une personne avec son histoire et son libre arbitre. Cela permet également d’avoir conscience des limites à l’accompagnement que l’on peut assurer.

 

Vie sociale et animation

Si les résidents sont en droit d’attendre des soins de qualité apportés par les professionnels médicaux et paramédicaux, il est compréhensible qu’ils puissent en attendre d’avantage. L’ehpad n’est pas qu’un lieu de soins. Malgré les limites que présente la pyramide de Maslow, elle a le mérite de permettre de visualiser cela facilement. Si tout individu doit voir ses besoins physiologiques assurés, il a également besoin d’avoir une vie sociale et des activités dans lesquelles il trouve un certain plaisir. Or, il n’est pas facile pour tous les résidents de retrouver un équilibre après le départ du logement dans lequel ils avaient vécus pendant de nombreuses années. Si des entretiens individuels peuvent soutenir le sujet âgé au cours de ce processus, la mise en place de dispositifs concrets peut également faciliter le maintien et la relance de ces divers investissements objectaux.

peinture-alzheimer-pUn travail important peut être effectué avec l’équipe d’animation (animatrices, aide médico-psychologiques). Nous pouvons réfléchir aux activités qui peuvent intéresser telle ou telle personne en fonction de son histoire et de ses centres d’intérêt. Cela facilitera la participation du résident. Les bénéfices peuvent être nombreux. Tout d’abord, le sujet âgé peut trouver du plaisir dans une activité. Ensuite, cela peut être l’occasion pour lui de se découvrir des points communs avec d’autres personnes avec lesquelles il aura envie de reprendre contact dans un autre contexte. Enfin, cela lui permet de ne pas être simplement un objet de soins mais une personne qui peut sentir qu’elle a une place dans un groupe et dans le regard des autres notamment parce qu’elle a des ressources personnelles (une grande culture générale, un talent pour le chant ou tout simplement des souvenirs à partager).

Nous pouvons également attirer l’attention sur le fait qu’il y a des indications et des contre-indications par rapport aux différentes activités. Certaines peuvent mettre en échec des résidents soit parce qu’elles sollicitent des capacités physiques ou cognitives trop fragilisées, soit parce qu’elles se déroulent dans un trop grand groupe qui peut inhiber certaines personnes. Nous pouvons aussi faire entendre aux équipes d’animation que l’important n’est pas le résultat (une bonne réponse à un quizz, une belle peinture) mais les bénéfices que le sujet âgé peut y trouver. Par ailleurs, il me parait nécessaire de faciliter l’ouverture de la résidence sur l’extérieur et de permettre des sorties. Cela peut se concrétiser par la venue d’enfants dans le cadre de rencontres intergénérationnelles mais aussi par des possibilités de sorties culturelles. Ces éléments qui peuvent sembler anodins ont une réelle importance. Des vécus d’enfermement (au mieux dans un cloître, au pire dans une prison) étant assez régulièrement évoqués par les résidents au cours des entretiens individuels.

 

Penser les questions cliniques complexes

Dans la vie d’un ehpad, on observe souvent des décisions prises sans concertation ou différentes dans une équipe et dans l'autre. Or, des décisions prises trop vite et sans un consensus de base sont généralement mal suivies. Cela crée des dysfonctionnements qui se traduisent notamment par des demandes incessantes des résidents pour vérifier notre fiabilité ou par de l'agressivité. Dans ce contexte il est difficile pour l'équipe de trouver un sens à son travail d'accompagnement des résidents. On observe alors des effets pathogènes à tous les niveaux.

Des réunions pluridisciplinaires, si elles ne règlent pas tous les problèmes, permettent de réfléchir aux situations complexes auxquelles nous sommes confrontés et de prendre la meilleure décision en connaissant les avantages et inconvénients. Pour ce travail, il est possible de s'appuyer sur des documents comme ceux de la Haute Autorité de Santé ou de l'ANESM (par exemple pour réfléchir à l’équilibre à trouver entre la liberté qu'un résident est en droit d'attendre et le risque qu'il prend pour cela). Un positionnement institutionnel pourra alors être dégagé sur certaines thématiques et constituera un ensemble de repères pour l'équipe qui s'en servira de base pour penser les situations semblables qui se présenteront.

Nous pouvons noter que ces temps sont parfois jugés inutiles par certaines directions. C’est à nous de leur montrer les bénéfices de ce travail et ses effets concrets. Par ailleurs, nous pouvons également souligner que ce type de réunions sont attendues par les tutelles (Conseil Général et Agence Régionale de Santé).

 

Quelques autres exemples…

Dans les unités Alzheimer, nous pouvons donner des préconisations sur l’organisation des repas. Limiter les sollicitations sensorielles parasitantes, réfléchir au placement à table, nommer les aliments présents dans les assiettes surtout quand il s’agit de plats mixés va faciliter le déroulement du repas. On observera moins d’agitation, de cris ou de refus de nourriture chez les résidents.

Il faut également réfléchir à la façon dont les résidents peuvent se tenir informés du décès d'un autre résident. Comment trouver un équilibre entre imposer l’information et la cacher ? Il faut à la fois respecter le fait que certaines personnes ne veulent pas savoir tout en permettant à ceux qui veulent savoir d’avoir les moyens d’obtenir l’information assez simplement.

Au niveau de l’architecture nous avons également des éclairages à apporter. Ainsi, dans une unité Alzheimer fermée il n’est pas pertinent qu’un couloir se termine sur une porte avec un hublot. Les résidents qui déambulent ont alors envie de pousser la porte pour continuer leur chemin. Cette envie est majorée par le fait qu’ils voient ce qui se passe derrière le hublot…

 

En guise de conclusion

Nous voyons que la liste serait longue si l’on évoquait toutes les situations où le psychologue est susceptible d’intervenir. Finalement, dans ces différentes situations, nous portons toujours la même chose : la reconnaissance et le respect de la personne dans sa dimension psychique (art. 3 du code de déontologie). De mon point de vue, c’est ce principe qui doit nous servir de boussole pour savoir si nous sommes à notre place. Enfin, n’oublions pas que, si nous avons la compétence et les outils théoriques pour nous saisir de ces questions, notre statut de cadre fonctionnel nous conduit logiquement à amener à des changements institutionnels tels que ceux que nous avons évoqués.

 

Ressources bibliographiques

- Charazac P. (2005), Comprendre la crise de la vieillesse, Paris, Dunod.

- Kaës R. (1987) « Réalité psychique et souffrance dans les institutions » in R. Kaës, J. Bleger et al., L’institution et les institutions, Paris, Dunod, pp. 1-46.

- Pinel J.-P. (1996) « La déliaison pathologique des liens institutionnels » in R. Kaës et al., Souffrance et psychopathologie des liens institutionnels, Paris, Dunod, pp. 49-79.

- Winnicott D. W. (1968) « L’utilisation de l’objet et le mode de relation à l’objet au travers des identifications » in Jeu et réalité, Paris, Folio, 2004, pp. 162-176.

- La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre, ANESM, juin 2008.

- Les attentes de la personne et le projet personnalisé, ANESM, décembre 2008.

Notez cet article:
24

Psychologue en EHPAD et en accueil de jour. Il s'intéresse notamment au travail groupal et familial dans une perspective psychanalytique et systémique.

  • Ana  Beatriz Werner
    Ana Beatriz Werner lundi, 19 mai 2014

    Tres beau texte! Merci!

  • Camille M
    Camille M vendredi, 23 mai 2014

    Merci pour cet article, je trouve toujours intéréssant que des psychologues puissent penser et nous donner à penser le positionnement du psy dans ce type de structure.
    Je fais malheureusement le constat, dans ma structure, qu'aucune place n'est donnée au psychologue à l'origine. Le recrutement a été réalisé pour suivre les demandes de l'ARS , sans penser à ce que le psy allait faire, une fois arrivé sur les lieux... Difficile dans ce contexte de savoir si nous sommes ou pas à notre place, puisque de place il n'y a pas ... Il est bon de savoir qu'il existe des structures de gérontologie où la fonction psy peut trouver écho.

  • Invité
    revoltée mardi, 29 août 2017

    depuis 10 ans à temps plein en ehpad.la nouvelle directrice me demande de faire un mi-temps ou je suis et d'aller faire un autre mi-temps sur un autre ehpad avec lequel on s'est regroupé récemment pour raison economique. Elle m'a menacé de licenciemment economique mais je suis titulaire! elle m'oblige à la mutation .et en etant à mi-temps sur deux structure il va falloir prioriser les missions.et je vous le donne en mille: pour elle le plus important dans ce que fait un psychologue en ehpad c'est les ateliers memoire. les entretiens individuels passeront après eventuellement. on devient des animateurs!
    la psychologie c'est fini! cadre executant.on attaque sans cesse notre identité proffessionnelle! regardez ces psy scolaires qu'on transforme en conseiller d'orientation.on trouvera pas notre place en gerontologie non plus .notre place est dans les cmp là je veux bien là ca a du sens!!!

Commenter cet article

Invité mardi, 20 février 2018

Mots-clés

accompagnement accueil activités affectivité âgisme aidants Alzheimer angoisse de mort animaux appareil psychique approches non-médicamenteuses argent art atelier thérapeutique bénévolat bientraitance Bistrot Mémoire blouse blanche chute clowns communication comportements troublés consentement consolation convention tripartite corps couple âgé culture déficiences sensorielles délire démence fronto-temporale démence sévère dépendance dépression désorientation deuil domicile ecmnésie écrit EHPAD émotion empathie engagement social environnement épuisement éthique euthanasie expression familles fatigue féminisme fin de vie FNG fonds documentaire formation gérontologie groupe groupe de parole groupe thérapeutique habitudes handicap hôpital Humanitude identité inclusion infantilisation institution intimité inutilité jeu législation littérature livre maison maladie chronique maladie neurodégénérative maltraitance mémoire métapsychologie mort mots narcissisme nuit opposition Parkinson paroles PATHOS personnalité personne âgée personnel perte philosophie philosophie du soin posture professionnelle projet de vie individualisé psychanalyse psychologie psychologie clinique psychologue pudeur pulsion de mort recherche reconnaissance des émotions faciales repères représentation rire secret professionnel séminaire sensoriel sexualité SLA société soignants soin soin relationnel soins solitude stéréotypes stimulation subjectivité suicide technologies téléphonie sociale témoignage tests neuropsychologiques traçabilité transmission traumatisme travail du vieillir troubles cognitifs tutoiement Validation vécu professionnel vieillissement